Elles

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Dans ces chroniques, je vous raconterai le parcours de femmes dont le destin fut exceptionnel, parfois tragique mais qui ont vécu leurs rêves jusqu’au bout. Certaines d’entre elles sont nos contemporaines, d’autres ont marqué l’Histoire, d’aucunes nous ont ouvert la voie et toutes, elles ont osé !

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             MARIA DE VILLOTA

             un destin brisé

LA F1 N’A JAMAIS AIMÉ LES FEMMES. QUELQUES-UNES D’ENTRE ELLES ONT MALGRÉ TOUT RÉUSSI À TRACER LEUR CHEMIN PARMI LES HOMMES. AVEC PLUS OU MOINS DE BONHEUR. MAIS PARFOIS, C’EST LA GRANDE FAUCHEUSE QUI AGITE LE DRAPEAU À DAMIER…

 Copyright Glenn Dunbar

 

En course automobile et particulièrement en Formule 1, même si la sécurité des pilotes est devenue le principal souci de tous, la mort rôde toujours dans les paddocks. Et chacun sait que si la faucheuse aime la vitesse et la course, elle peut frapper n’importe où et surtout n’importe quand sur un circuit. Pourtant, ce n’est pas là qu’elle rattrapera Maria…

Chez les de Villota, le virus de la course automobile est né avec Emilio, le patriarche, qui a toujours préféré les chevaux vapeurs aux chevaux de corrida et les circuits aux arènes traditionnelles espagnoles. Le jeune Madrilène goûtera à toutes les disciplines automobiles qui s’offrent à lui jusqu’à la Formule 1 qui l’accueillera en son sein malgré des moyens financiers très limités. Ce ne sera pas une franche réussite mais le pilote trouvera de grandes satisfactions dans d’autres épreuves. Pilote de renom dans le championnat Aurora, Emilio décroche le titre en 1980.

Née le 13 janvier de la même année, Maria n’échappera pas à la passion paternelle. Avec Isabel, sa sœur ainée et Emilio Jr, le petit dernier, les enfants grandiront dans les paddocks. Depuis qu’elle est petite, Maria et son frère, Emilio Jr suivent leur papa sur tous les circuits du monde. Malgré les réticences de leur père, les enfants veulent marcher dans ses pas. Emilio arrivera à tenir Isabel loin des baquets mais n’y parviendra pas avec les deux plus jeunes. Et c’est Emilio Junior qui ouvrira le bal. Il rentrera un jour avec deux formulaires d’inscription pour devenir pilote d’essai, un pour lui et un pour Maria. Le cadet sera éliminé lors de la dernière épreuve mais, déterminée, Maria réussira et grimpera les échelons, l’un après l’autre. A 16 ans, elle débute en karting puis de petits championnats convaincront les deux jeunes de poursuivre leur passion, l’ainée se concentrant sur la communication aux cotés de leur père. Parallèlement, Maria suit un bac en Sciences de l’Activité Physique et du Sport. Et quand Emilio crée son propre team, c’est tout logiquement que les enfants prennent place dans l’organigramme.

Maria s’en donne à cœur joie. Elle sera la première femme à participer au championnat WTCC en 2006, la première aussi à participer à la Superleague Formula en 2009 et la première Espagnole aux 24 Heures de Daytona dans une Ferrari 360 Modena. Mais son rêve à elle, c’est de rouler un jour en Formule 1 et pour son père, son désir est difficile à accepter.

L’année 2001 sera le véritable départ d’une carrière qui démarrera par les championnats d’Espagne. Toujours dans le top 20, Maria apprend son métier avec obstination.

L’année 2011 sera l’année du bonheur.  Elle rencontre Rodriguo Garcia Millan. A la recherche d’un vélo pour ses entrainements, Maria se voit conseillée par un jeune homme qui semble bien s’y connaitre. L’alchimie nait et pour ceux qui y croient, c’est un coup de foudre réciproque. Les jeunes gens ont pas mal de points communs. Il a fait les mêmes études qu’elle et devient rapidement son préparateur physique et mental.

Côté professionnel, Lotus Renault lui permet de prendre place au volant d’une Renault R29 et de parcourir 300 km durant des tests privés de F1 sur le circuit Paul Ricard… Un certain Romain Grosjean effectue alors les mêmes essais en parallèle. Les résultats ? Personne ne les connaîtra jamais, l’écurie n’a jamais accepté de communiquer sur le sujet.

Ce qui est certain, c’est qu’en cette année où Maria contracte le virus de la F1, elle est la 6ème femme a entrer dans cette cour des grands ultra machiste. Et compte bien piloter en course et rentrer dans les points, objectif atteint par la seule Lella Lombardi en 1975 suite à un crash effroyable sur le circuit maudit de Montjuic.

C’est Marussia qui l’accueille en cette saison 2012… Pilote d’essai sera sa fonction au sein du team, mais l’équipe envisage très sérieusement un avenir sur piste pour la jeune pilote. Booth annonce même qu’elle roulera dans une F1 lorsque la saison sera bien entamée. Sa position de pilote d’essai fait largement jaser. Jusqu’ici, son palmarès est relativement maigre mais Maria n’en n’a cure. Elle a enfin un bolide à sa mesure et compte bien en profiter. Et si, jusqu’en été, le poste de pilote d’essai est plus honorifique qu’autre chose pour l’Espagnole, passionnée et déterminée, elle sait que son heure viendra.

Le mois de juillet alternera le jour et la nuit. Le 3, sur l’aérodrome de Duxford en Grande-Bretagne, Maria peut enfin prendre le volant de la F1 lors d’essais privés ; son rêve est au bout des pédales. Marussia y a organisé des essais aérodynamiques. Emilio est resté à Madrid avec sa femme, Isabel, pour la rassurer. La maman, comme toutes les mères du monde, tremble pour sa fille. Ce type d’essai ne comporte pas de dangers, assure Emilio. Isabel, l’aînée, chargée de communication auprès de sa sœur est sur place, aux côtés du préparateur Rodriguo Gracia Millan qui ne quitte pas d’une semelle la pilote dont il est éperdument amoureux.

C’est la fin du premier run, tout s’est passé relativement normalement. Elle a signalé aux ingénieurs que l’embrayage bloque lorsqu’elle braque les roues à fond mais l’exercice du jour porte sur la vitesse en ligne droite et si le team prend bien en compte les informations, elles devront être traitées plus tard.

Il est 9h30. Maria rentre aux stands à 45 km/h. Arrivée dans la voie intérieure, elle vire pour rentrer dans le garage et inexplicablement, le bolide s’emballe et percute à 65 km/h un des camions de l’écurie. Il n’est pas à sa place et malheureusement, le hayon de chargement est descendu. La voiture s’empale sur la plateforme. Le choc est extrêmement violent et le casque de Maria explose. Isabel, qui a assisté à l’accident, se précipite pensant que Maria n’a pas survécu. On la rassure, la pilote a bougé. Maria est évacuée « dans un état grave » vers l’hôpital. Les secours ont parfaitement réagi. Quelques secondes ont suffi aux pompiers pour être sur place et, s’il a fallu une heure pour l’extirper de son baquet, en quelques minutes, la jeune femme est transférée dans l’ambulance. Isabel averti la famille. Et tout le monde se rejoint sur place.

Les nouvelles ne sont pas bonnes. Maria est atteinte de plusieurs fractures au niveau du crâne et de lésions au visage. Les médecins de neurochirurgie d’Addenbrooke passeront dix-sept heures en salle d’opération pour soigner les blessures et tenter de sauver un œil touché. Sans succès… Maria perdra définitivement l’œil droit.

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Mais la vie est la plus forte. Le 4 juillet, Maria émerge. De durs moments seront encore à traverser. Choquée d’avoir perdu une partie de sa vision, la pilote a compris que désormais, sa passion appartient au passé. Mais la femme aussi est touchée.

« Qui m’aimera encore ainsi ? » se demande-t-elle. C’est sans compter sur Rodriguo…

La revalidation lui demandera beaucoup d’énergie. Atteinte de violents maux de tête et de vertiges, elle s’oblige malgré tout, et dès l’hôpital, à refaire son lit tous les matins. Sa volonté est sans commune mesure et lui permettra de franchir plus rapidement de nombreux paliers de la guérison. L’accident lui aura aussi fait perdre l’odorat et le goût, mais pas celui de vivre !

Un an plus tard, à Santander, non loin du phare qui compte tant pour les amoureux, Rodriguo fait sa demande. Observant le coucher de soleil, la jeune femme n’a pas vu son compagnon bouger et lorsqu’elle se retourne, elle le trouve un genou en terre, un anneau dans la main. Même si Maria savait qu’un jour, ils se marieraient, elle n’imaginait pas qu’il souhaiterait l’épouser si vite.

Quelques jours pour organiser le tout et les tourtereaux uniront leurs vies, toujours à Santander, la ville de Rodriguo, entourés de douze de leurs proches. Un vrai mariage surprise, que Maria dévoilera pour les médias, simplement en envoyant un mini communiqué et une photo.

Volontaire, déterminée, la jeune femme ne baisse pas les armes. Féminine, elle ne renoncera pas à se mettre en valeur malgré les séquelles visibles de son accident. Un cache-œil, systématiquement assorti à ses vêtements, sera sa signature. Forte, elle s’acceptera en portant désormais des couleurs vives, prouvant sa joie de vivre et ira jusqu’à couper court ses cheveux pour mettre en valeur son visage.

Inconnue du grand public, connue comme la fille de…, Maria doit sa célébrité à son accident. Sa deuxième vie sera consacrée à ce qu’elle considère désormais comme sa mission : la reconnaissance des femmes pilotes de course en les soutenant publiquement et en collaborant plus activement encore avec la commission de la FIA « Femmes et sport automobile » où elle siège depuis 2012 puis en s’engageant contre les violences sexistes.

Elle travaillera aussi pour une association qui lui tient à cœur, dont le but est d’aider les enfants atteints de maladies neuromusculaires mitochondriales, mettant sa notoriété à leur service.

Sa vision tronquée ne sera plus qu’une nuisance et non un handicap.

Elle racontera sa soif de vivre et son combat à travers un livre « La vie est un cadeau » où elle clame que la vie vaut la peine d’être vécue quelles que soient les difficultés.

De son accident, elle dira qu’il lui a permis de se recentrer sur les choses importantes de la vie : la famille et les amis…

La mort a fait la course avec elle, a cru la posséder. La jeune pilote lui a glissé des doigts en juillet 2012, mais on n’échappe pas à son destin. Le 11 octobre 2013, trois mois après son mariage, la faucheuse l’emmène dans son sommeil, la frappant d’une hémorragie cérébrale suivie d’une crise cardiaque, en pleine nuit. Une suite de son accident.

Elle avait 33 ans.


 

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DOMINIQUE MARCHAL, D’AVIATRICE A NONNE BOUDDHISTE.

Mille vie plus une

ON PEUT TOUT PERDRE ET TOUT GAGNER, ÊTRE ÉPRISE DE LIBERTÉ ET LA TROUVER DANS L’ESPRIT.

ET UNE SEULE RENCONTRE PEUT CHANGER LE COURS D’UNE VIE SI ON OUVRE SON CŒUR…dominique-marchal

Pendant que les nonnes tibétaines font l’objet d’une surveillance accrue, de détention, de tortures voire même d’assassinats depuis l’annexion du pays par la Chine, d’autres femmes, à travers le monde épousent leur cause en y trouvant cette paix de l’âme tant recherchée. Dominique Marchal fait partie de celles-là.

Aventurière, alpiniste, journaliste, mariée 3 fois, veuve, mère de deux enfants et grand-mère, pour vivre ses mille vies, Dominique n’a jamais eu froid aux yeux.

Héritière d’une famille richissime, Dominique Marchal est née à Bruxelles, en 1944, dans une famille terriblement marquée par la guerre. Son papa, entré en résistance, meurt avant sa naissance. Sa maman prend la destinée de la famille en main avant d’épouser son beau-frère lorsque la petite fille a 2,5 ans. Dominique reçoit une éducation classique et très stricte. Enfant, elle admire Marie Curie et rêve de devenir médecin. Médecin-aventurière si possible. Les quatre cent coups, c’est ce qu’elle préfère ! Mais son attitude d’aventurière et de casse-cou ne correspond pas vraiment aux instituts qu’elle fréquente. On la retrouve, un jour sur le toit de l’école, faisant signe aux élèves restés dans la cour de récréation. Les sœurs dirigeantes de l’Institut de la Vierge-Fidèle lui feront très vite comprendre que sa place n’est pas parmi elles. Dominique n’en n’a cure, les études ne lui correspondent pas. Après un parcours scolaire chaotique, elle quittera la Belgique.

A sa majorité, Dominique hérite de la fortune de son père et décide de vivre une vie de plaisir. Rebelle, aimant la vie et ses plaisirs, adepte des sports extrêmes, aventurière, refusant les contraintes imposées avant la libération de la femme par la société et certains diktats de la religion catholique, elle cherche à combler son besoin d’espace et de liberté.

Une vie de hauts et de bas.

En Grèce, elle découvre la voile et la plongée puis voyagera de New York à Genève en passant par Sion, São Tomé, Lisbonne et Paris. Et c’est en Suisse qu’elle trouvera son bonheur en devenant la première femme pilote d’avion pour les vols à l’instrument à une époque (dans les années 60) où son plus grand rôle aurait été celle d’une femme d’intérieur. Grâce à Bruno Bagnoud, le patron d’Air-Glaciers, elle passe son brevet de pilote d’avion privé puis travaille pour un milliardaire italien qui possède sa propre flotte. Indépendante, elle achètera même son propre appareil.

Jolie, soignée, coquette, de nombreux hommes recherchent sa compagnie. Et elle aime ça.

L’amour s’en vient et avec lui un mariage et un enfant. Elle met de côté sa passion pour le vol et les grands espaces. L’amour s’en va, et dramatiquement, la justice lui retire la garde de son fils Michel, âgé de deux ans. Dominique Marchal ne s’en remettra jamais mais doit reprendre le cours de sa vie et pour ne pas se noyer dans la tristesse, reprend sa place dans un cockpit en tant que co-pilote. L’aviation sera son étoile dans la nuit plus d’une fois.

L’aventure l’attend au coin d’un nuage. Acheminant des médicaments et des armes durant la guerre au Biafra sur de vieux coucous plus proches du cimetière des éléphants qu’en ordre de vol, ses commanditaires iront jusqu’à lui fournir une arme pour lui permettre de se suicider au cas où elle serait capturée, sachant ce qu’elle risquait d’endurer. La guerre prend fin en 1970 et Dominique retrouve des cieux plus sereins. Pour peu de temps.

Un second mariage la fait plonger. Joueur, flambeur, son époux dilapide sa fortune. Elle l’aime et paie tout mais il est bigame et la quittera en la laissant en lambeau, ruinée. Elle sombre dans une dépression dont elle sortira en reprenant les commandes d’un avion. La mort, elle y a pensé, parfois. Jusqu’à envisager de mettre fin à sa vie après cette deuxième séparation. Son existence ressemble à un cauchemar mais  ses deux fils et l’aviation  la sauveront une fois de plus.

Un second milliardaire lui confie ses jets privés et Dominique peut enfin se refaire une santé financière. En 1986, elle songe à quitter l’aviation mais le destin s’en mêle une fois de plus. Deux ans après un mariage de heurs et de malheurs, son troisième époux décède, atteint d’un cancer. Ses comptes, une fois de plus vidés, elle recommence donc à travailler. L’aviation est un virus qui la taraude et elle s’engage dans une compagnie de charter. Les horaires, les contraintes, elle déteste ça. Excellente pilote, elle quittera malgré tout et cette fois sans regret, le ciel bleu et ses ailes de pilote.

Jean Troilet, un ami alpiniste, lui propose alors l’Aventure… La montagne l’attend aux côtés de Troilet et en compagnie des plus grands alpinistes de l’époque, Dominique Marchal parcourra les plus belles pentes du monde. Et c’est au hasard d’une expédition sur l’Everest en tant que correspondante de presse, toujours avec Jean Troilet, qu’à 41 ans, Dominique découvre le Népal et le Tibet. Seule femme non grimpeuse dans l’équipée, elle s’occupe des ravitaillements et du courrier et fait ainsi la navette entre un monastère et le camp de base. C’est là qu’elle découvre la sagesse et surtout la sérénité. Une fois rentrée au pays, elle commence à s’intéresser à la philosophe du Dharma. Et surtout au regard que Bouddha porte sur les femmes. Elle s’inscrit au Centre d’Etudes Tibétaines à Bruxelles pour suivre une première formation et connaitre mieux ce qui lui semble pouvoir répondre à ses interrogations.

Le choix du bonheur

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Si le Bouddha a toujours été le symbole de l’égalité des chances, rares sont les pays qui peuvent s’enorgueillir de mettre toutes les femmes à l’égal de l’homme. La Belgique n’y fait pas exception mais Dominique a découvert qu’au sein des monastères du Népal, la règle de la parité est la norme.

Ses recherches lui apprennent que devenir nonne a alors permis à nombre de femmes de vivre pleinement cette liberté de l’esprit et de l’action qu’elle souhaite tant, hors des contraintes que leur imposaient la famille et la belle-famille. Et ce, largement en dehors du Tibet et des régions traditionnellement bouddhistes. Le parcours de ces nonnes du monde intéresse particulièrement Dominique.

Trois ans plus tard, devenue journaliste, elle rencontre le Dalaï-Lama. Nous sommes à la fin des années 80 et Dominique prend la décision de s’établir au Népal. Un changement de vie qui la terrifie mais dont l’envie la pousse à franchir le pas. Au fil du temps et de ses rencontres, dont celle de Matthieu Ricard, français et moine bouddhiste, puis de Richard Gere et de Véronique Jannot avec qui elle entretient de nombreux contacts, ses choix de vie vont s’affirmer. Un de ses maris l’a ruinée ? Et après ? L’amour de ses enfants ? Elle le gagne en cessant de se fuir.

Dans un premier temps, elle travaille au sein d’une léproserie puis crée une clinique avec un des lamas. Au fil du temps, Dominique découvre le dharma (le bouddhisme originel) mais ses valeurs et ses choix de vie sont de moins en moins en accord avec celles du lama qui dirige l’hôpital. Mal à l’aise, elle s’en ouvre à Matthieu Ricard qui lui conseillera de suivre son intuition. Souhaitant rencontrer le Dalaï Lama pour lui faire part de son désir de devenir nonne, elle recevra une demande qu’elle accueillera avec reconnaissance. La création d’une clinique de charité de A à Z et la mise en place d’un programme d’aide pour les femmes pour Mathieu qu’elle gérera jusqu’en 2007, lui permettront de poursuivre son chemin intérieur.

En 2008, à l’approche de son ordination, Dominique doit suivre plusieurs semaines de formation en Inde. Coquette, amoureuse des tissus indiens, Dominique Marchal quitte ses beaux vêtements pour revêtir la robe dharma orange et rouge. Les conditions de vie à Dharamsala sont très dures. Dominique a peur de ne pas arriver à tenir mais portée par son cœur, elle poursuivra.

Les cours, ardus, se terminent et l’amatrice de bons vins et de bière veut quitter sa vie d’avant pour s’ouvrir à un nouveau monde. Elle se rend dans un restaurant pour y manger et boire une dernière bière avant d’entrer dans les ordres. Mais, vêtue des habits traditionnels, devant les regards des consommateurs, elle changera d’avis et tranchera pour une eau gazeuse « pour avoir quand même des bulles… et ce fut la meilleure que j’aie jamais bue* »

La veille de son ordination, elle vivra un moment fort, qui la marque encore aujourd’hui.  Elle rasera ses beaux longs cheveux qu’elle soignait avec application depuis sa plus tendre enfance. C’est un pas particulier qui se franchit à ce moment. Les larmes coulent mais ce sont des larmes de bonheur. La transformation physique est importante et marque pour elle le début de sa nouvelle vie.

Elle prononcera ses vœux dans les mains du Dalaï-Lama le 17 février 2008 à l’âge de 63 ans…

Nonne dans le monde, sa vie se partage désormais entre la pratique du bouddhisme, de nombreux voyages (dont ici en Belgique pour visiter ses enfants et petits-enfants) et sa passion pour l’écriture. Son pied à terre reste au Népal, à Katmandou, non loin du monastère où vit Matthieu Ricard.

Des regrets ? « Aucun » dit-elle « je suis une incroyable privilégiée ».

En passant du statut de richissime héritière à celui de femme dépouillée par amour, en vivant ses passions jusqu’à plus soif, elle a découvert l’inimaginable pour elle. Le don de soi et l’accompagnement des autres. Et son bonheur… tout simplement.

*« L’envol du silence » Dominique Marchal aux éditions du Nil (2014). Préface de Matthieu Ricard.


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UNE ALLEMANDE INTRÉPIDE A OUVERT LA ROUTE… Mais son prénom n’est pas Mercedes…

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Bertha Benz, son nom me dit quelque chose…

Il est des femmes dont le nom de famille est devenu légendaire. Bertha Ringer, par son mariage, est devenue l’une d’entre elles. Téméraire, passionnée, scandaleuse même, elle a pris tous les risques pour que le projet de son mari devienne réalité. Et avec quel succès !!

Nous sommes le 3 mai 1849. Bertha naît dans une riche famille de menuisiers. La science progresse mais pas toujours dans un sens favorable à la gent féminine. Se basant sur les découvertes anatomiques, la loi interdit l’enseignement supérieur aux filles, considérant que la taille du cerveau et son plus faible poids par rapport à celui de l’homme, ne leur permet pas d’absorber et de traiter beaucoup d’informations. De plus, ces messieurs soupçonnent une interaction négative sur la procréation. Bertha ne fera donc pas de hautes études. Mais la gamine est une petite fille très éveillée. Elle adore questionner son père, qui, nourri aux idées progressistes des intellectuels de l’époque, répond sans détours aux intérêts techniques de l’enfant. Et lorsqu’il l’initie au fonctionnement de la locomotive, elle est au paradis.

Admise à l’âge de 9 ans dans une école pour filles de haute naissance, Bertha recevra un jour une bible familiale. Son père y avait noté, en regard de sa date de naissance, « Malheureusement, encore une fille ».

La légende raconte que le choc de cette citation sera à l’origine de la détermination de l’adolescente à prouver que les femmes sont aussi capables de grandes choses.

Même au niveau des « petites classes », l’école la passionne et ses domaines de prédilection sont les sciences. Elle terminera son cursus, félicitée par ses enseignantes.

Bertha a 20 ans et en âge de se marier. Les prétendants sont nombreux, riches, intellectuels, de bonne famille. Mais le destin de Bertha croisera celui d’un jeune ingénieur sans le sou, Karl Benz. Au cours d’une excursion en compagnie de sa mère, la jolie Allemande fait la connaissance d’un passionné de nouvelles technologies et principalement de la voiture sans chevaux. Bertha est séduite. Elle fera sa vie avec lui et les arguments et les mises en grade de son père n’y feront rien.

Le jeune amoureux a décidé de créer sa propre société. Après des années à travailler comme designer, ingénieur ou dessinateur de plan pour divers patrons, il décide, en 1871 de se lancer dans l’aventure.

Pour aider son fiancé, Bertha lui offrira, avant le mariage, une partie de sa fortune personnelle. Finaude, elle sait que la loi, une fois mariée, ne l’autorisera plus à investir et que sa dot sera mise sous la tutelle de son mari, peu enclin à prendre des risques financiers, même pour ses projets.

Le 20 juillet 1872, elle unira sa vie à Karl Benz, après l’avoir convaincu de se servir d’une partie de la dot pour développer la nouvelle entreprise. En effet, Karl s’est associé avec August Ritter pour développer ses projets d’automobiles sans chevaux. Les temps sont durs et Bertha devra réunir de nombreux arguments pour empêcher son mari de renoncer. Elle croit au produit mais sait aussi que Karl n’a aucun don pour les affaires. Les premiers brevets sont déposés. Aujourd’hui, Bertha détiendrait les droits sur ces brevets mais à l’époque, son statut de femme mariée lui a fait perdre toute prétention.

Cinq enfants naîtront de cette union : Eugen, Richard, Clara, Thilde et Elen

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Téméraire et inspirée.

Karl est un homme timoré, introverti. Il aime créer mais ne s’intéresse pas au côté commercial. Tant mieux, parce que ses inventions n’intéressent pas grand monde ! La voiture à trois roues qu’il développe ne sort que pour des essais, pas toujours concluants, il est vrai. Lors d’une manifestation destinée à présenter les dernières inventions, la Teo (charrette à trois roues motorisée), difficile à manier, terminera dans un mur.

Le 26 janvier 1886, un ultime brevet est déposé, faisant de Karl Benz, l’inventeur de l’automobile. Bertha jubile et espère le développement de la voiture en série. C’est sans compter sur Ritter qui, sous le couvert de peaufiner le véhicule, tente de s’attirer la propriété des inventions. Mais Bertha a le nez fin. Tous les avoirs de l’entreprise ont été engloutis dans les derniers tests mais Bertha a encore de la ressource. Sous les conseils de son épouse, grâce au reste de la dot et à l’association avec un photographe et son frère fromager, Karl renfloue la société et rachète les parts de Ritter. La nouvelle société prend le nom de Benz & Cie. A ce moment, deux voitures sont construites et Bertha est convaincue que seul un essai grandeur nature peut permettre la commercialisation de l’engin mais son mari s’y oppose, préférant l’étude approfondie du moteur et des essais privés pour estimer les capacités de l’engin.

Bertha ne veut pas d’une dispute qui risque de mettre à mal les fondements même de Benz & Cie.

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Un petit matin d’août 1888, emmenant avec elle ses deux aînés, elle laisse un mot sur la table de la cuisine.

« Mon ami, je vais rendre visite à ma mère, j’emmène Eugen et Richard. Mais j’ai besoin de l’automobile pour parcourir le trajet. Dès que j’arrive, je vous enverrai un télégramme. Bertha. »

La véritable raison de ce périple est de prouver que la voiture est capable d’emmener plusieurs personnes dans un voyage et que la « Motorwagen » était enfin prête pour sa mise sur le marché.

Le trajet, de Mannheim à Pforzheim, long de 106 km à la base, ne sera pas un long fleuve tranquille. Il fera, avec les détours imprévus, 194 km !

Les routes sont plus proches des chemins forestiers que de véritables rues, des collines sont à gravir et Bertha est partie sans emporter de carburant. Mais la dame est ingénieuse.  Peu après le départ, le tuyau d’alimentation du carburant se bouche. Bertha doit démonter seule le conduit et avec une épingle de chapeau, débouchera le tube. Puis, ce sera le fil d’allumage qui se déchirera. Sa jarretière fera l’affaire. Mais le gros souci est de trouver du carburant. Et c’est une Bertha, à la robe tachée, qui se présentera à la pharmacie de Wiesloch. Les gamins ne sont guère plus frais. En effet, en panne d’essence depuis quelques kilomètres, ils s’étaient relayés au volant, aidant leur mère à pousser le véhicule.

Dix litres de ligoïne, de l’essence à détacher. Le pharmacien croit rêver. Certes la dame souhaite certainement rafraîchir sa robe mais dix litres de produit nettoyant pour textile, il ne doit pas avoir bien compris. Mais Bertha n’a pas l’intention de nettoyer quoi que ce soit et achète l’entièreté du stock. Contenant une grande quantité d’essence, la ligoïne fera office de carburant. Elle fera également deux détours, pour trouver un forgeron pour réparer la chaîne et un cordonnier, à qui elle confiera la tache de renforcer les freins en bois avec du cuir (et inventera de ce fait les premières plaquettes !). De nombreux arrêts pour refroidir le moteur avec de l’eau seront aussi au programme. Enfin, les voilà arrivés au village maternel. L’épopée aura duré 12 heures à une moyenne de 15 km/h. Comme promis, elle envoie un télégramme à Karl. Mais toute la région est déjà au courant de ce qui est considéré comme un exploit pour certains, un scandale pour d’autres. Les habitants des villages traversés, apeurés de voir cette machine, ce monstre de fumée, ont crié au jugement dernier !! Certains se sont précipités dans les églises pour prier, d’autres, par contre, ont arrêté l’équipage pour faire un essai. La presse locale s’est emparée du phénomène et a relaté l’histoire. Les bien-pensants crient au scandale ! Pensez donc ma bonne dame, une femme seule, mariée, avec deux enfants au volant d’un monstre de fer et de bois… De nos jours, on parlerait de buzz et surtout d’une opération marketing savamment orchestrée.

Karl accélérera dès lors le processus, améliorera les déficiences remarquées par Bertha et acceptera enfin de présenter la fameuse machine à Munich, lors d’un salon technologique. Et c’est un succès phénoménal. Un Français en sera le premier acquéreur. Les ventes suivront très vite. En un an, 40 voitures seront construites.

Et Mercedes ?? En 1926, Karl Benz s’est associé avec deux concurrents, Daimler et Mercedes. Ce dernier constructeur au curieux nom s’appelle en réalité Emil Jollinek. En 1902, Jollinek, alors plus grand concessionnaire français de la marque allemande Daimler, dépose officiellement le nom Mercedes, du nom de sa fille de 13 ans. Emil, en plus de vendre les voitures du constructeur germanique en construira plusieurs modèles et Paul Daimler dessinera en 1909 la fameuse étoile à trois branches qui orne toujours aujourd’hui les Mercedes !

L’association prendra le nom de Mercedes Benz AG après la disparition de Daimler, englobé par le nouveau consortium.

Nommée Docteur Honoris Causa de l’Université technique de Karlsruhe à l’âge de 95 ans, Bertha tiendra sa revanche sur les diktats d’un siècle révolu qui considérait les femmes comme incapables d’intelligence.

Deux ans plus tard, Bertha fermera les yeux pour rêver à jamais des « Flèches d’argent », les premières voitures de sport signées Mercedes Benz qui dominent alors les Grands Prix et se préparent à entrer dans l’histoire de la Formule 1. Mais ceci est une autre histoire…

https://www.facebook.com/essence.des.mots/


UNE GRANDE DAME À LA TÊTE D’UN PRESTIGIEUX CHAMPAGNE, LA VEUVE CLICQUOT.

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Barbe-Nicole Ponsardin, la Grande Dame de la Champagne

Elle en a traversé des épreuves ! Toute jeune, Barbe-Nicole Ponsardin épouse François Clicquot. Et chacun pense qu’une grande et belle aventure s’ouvre devant eux. Mais la période est troublée, la vigne frondeuse et lorsque un mari meurt, sa femme ne peut diriger seule une exploitation. Barbe-Nicole va forcer son destin en défiant tant les codes de conduite que les diktats commerciaux.

Le 16 décembre 1777, lorsque nait la petite Barbe-Nicole Ponsardin dans une famille bourgeoise de drapiers rémois, rien ne peut présager du destin extraordinaire que vivra la jeune enfant. Certes, la famille possède la plus grande entreprise de Reims et sa grand-mère n’est autre que la fille de Nicolas Ruinart, une maison de Champagne déjà réputée à l’époque, mais une petite fille de son rang est destinée à vivre une vie de maitresse de maison, dirigeant avec doigté une kyrielle de domestiques. Elle sera, durant des années, avec sa sœur cadette, élevée en ce sens par une mère et un père devenu, entre temps, le plus riche homme d’affaire de la cité champenoise. La Révolution Française éclate lorsque Nicole n’a que 12 ans. Proche de la royauté, le père Ponsardin souhaitait obtenir un titre et la Révolution fait éclater en mille morceaux ses rêves de grandeur. Nicole parfait ses études au couvent royal de Saint-Pierre-Les-Dames, institut pour les jeunes filles de hauts lignages et de très bonne famille. L’établissement est très vite visé par les révolutionnaires. Nous sommes en juillet 1789 et ils sont là, hurlant, chantant et tentant d’ouvrir les portes du bâtiment. Elles finiront par céder. La situation est périlleuse pour les jeunes femmes mais la couturière de la famille Ponsardin, entrée avec la foule, retrouve Nicole et réussit à la secourir, l’habillant en paysanne et lui permet ainsi de quitter l’établissement, bientôt complètement envahi. La période est délicate pour les proches de la famille royale, les hauts fonctionnaires et les hommes politiques. Mais habile politicien, Ponsardin joue avec le vent et finit par se joindre aux Jacobins.

Membre du Conseil de la Ville, le père de Nicole est aussi un ami de la famille Clicquot et c’est naturellement qu’en 1798, Nicole épouse François, fils du banquier et négociant en vins Clicquot-Muiron. Elle a 21 ans. Elle se consacrera donc à sa famille et la naissance de Clémentine, le 20 mars 1800, renforcera encore sa position de femme au foyer.

Le destin lance les dés…

Chez Clicquot-Muiron, le négoce de vins est, au même titre que celui des tissus et de la laine, une activité annexe de la banque. François travaille avec son père mais la banque l’ennuie et il se passionne pour le vin. Nicole connaît le prix du travail. Dans sa famille, travail et réussite sont des valeurs incontournables. Et très jeune, elle s’intéresse à la politique ainsi qu’aux affaires de son père, qui s’en amuse. La jeune mariée fait de même avec son époux. De questions en visites, elle apprend très vite et son sens du commerce inné est très vite titillé d’autant qu’en cette année 1802, son mari reprend la direction de la société paternelle et décide de lui donner une nouvelle dimension en faisant passer le négoce du vin comme principale activité.

François finira par laisser le négoce de côté, faisant appel à Louis Bohne, un jeune commercial, pour se consacrer pleinement à la production du vin.  Dans un premier temps, il se concentrera sur deux vins blancs ainsi que sur le champagne, qui avait eu, au siècle précédent, ses heures de gloire. Tombé en désuétude avec la disgrâce de la Pompadour qui en avait fait sa signature, le mousseux avait peu à peu disparu. Mais François y croit.  L’affaire démarre bien. En 1804, 60 000 bouteilles sont sorties des caves. Mais la guerre s’en vient et met à mal la production. Après un essai infructueux d’exportation vers l’Angleterre, conquise par Moët, Louis Bohne se met à la recherche d’autres marchés. Mais 1805 se profile mal. Les récoltes sont mauvaises, la société de François décline et il suit moralement et physiquement la progression négative de l’entreprise. On parle de typhoïde, de mauvaise fièvre en évoquant la santé de François. Cette année sera décidément marquée d’une pierre noire. François meurt, officiellement de la typhoïde mais des rumeurs de suicide circulent. Nicole a 27 ans et un enfant de 5 ans. Le père de François, dans sa grande tristesse, pense à vendre la maison.

La maison change de main

Nicole ne veut pas s’en laisser conter. Avec un apport de 80 000 francs prélevés sur sa cassette personnelle, la jeune veuve rachète la société. Arguant de ses connaissances en commerce, acquises au fil du temps, en épaulant son époux, Nicole gagne l’estime de son beau-père qui accepte d’ajouter 30 000 francs au capital de la société. Si certaines femmes travaillaient comme vigneronnes, une femme cheffe d’entreprise, à cette époque, était impensable. Son beau-père lui propose alors de s’associer avec un viticulteur expérimenté, Alexandre Fourneaux, durant quatre ans. Du côté de la famille Ponsardin, le père est devenu un proche de Napoléon et souhaite devenir maire de Reims. Pour ne pas prendre le risque de voir son père mis en difficulté, de mauvaise grâce, la jeune veuve accepte. La maison Clicquot est toujours, à ce moment-là, composée d’un commerce de laine, d’une banque et de la petite maison de vins. Nicole abandonne très vite les activités annexes pour ne plus se concentrer que sur le champagne. Elle sera secondée par le fidèle Louis Bohne. Les quatre premières années sont extrêmement difficiles, l’Europe est en guerre et l’Angleterre a mis en place un blocus, interdisant l’exportation des marchandises et des transactions en provenance de France. L’Angleterre, Nicole connait. Elle a vécu avec son mari les premières difficultés face aux iliens. Ce que les Anglais ignorent, c’est que la veuve est tenace. Et quand elle veut quelque chose, elle l’obtient toujours. En Russie, les bouteilles de la maison Clicquot sont appréciées par le tsar et sa cour. Bohne a bien travaillé. Malgré la fermeture de la Manche aux bateaux français, il a maintenu le petit marché ouvert en Europe de l’est juste avant le début des hostilités. C’est la guerre ? Les Russes ont pris Reims ? Elle leur fera servir son champagne. Les Français libèrent la ville ? Les officiers recevront en remerciement les caisses au fameux étiquetage jaune. Nicole à très vite, et bien avant les premières notions de marketing, compris les subtilités du marché. En distribuant ses bulles auprès des russes installés en France, elle les rapproche de leur Tsar et en jouant sur le patriotisme, flattant les hauts militaires français, issus de plus grandes familles, elle s’ouvre au commerce intérieur.

Seule à la barre

En 1810, une nouvelle tuile s’abat sur le domaine. Alexandre Fourneaux quitte la société. Qu’à cela ne tienne, la veuve rachète ses parts, ses champagnes sont appréciés dans les marchés de l’Est et Barbe-Nicole crée une nouvelle entreprise qu’elle nommera Veuve Clicquot Ponsardin.

Faisant fi des diktats britanniques, elle chargera sur des bateaux sa précieuse cargaison, alors que les accords de paix n’ont pas été ratifiés. Elle l’a décidé, dès le début de l’année 1814, le champagne Clicquot s’en ira conquérir le marché russe. Le champagne envoyé provient de la récolte 1811, année exceptionnelle pour les vins que d’aucuns mettent en corrélation avec la Grande Comète observée pour la première fois durant les vendanges. Une aura de mystère voire de mysticité entoure le millésime que l’on s’arrache à prix d’or. Les 10 500 bouteilles envoyées durant cette première année de grand négoce seront suivies de beaucoup d’autres puisque la maison obtiendra le record de 280 000 bouteilles vendues en 1821.

Nicole, devenue baronne par l’anoblissement de son père qui, comme à chaque fois, a changé de veste et retrouvé sa monarchie, n’a pas que le seul commerce pour objectif. Depuis des années, elle cherche à affiner le travail du vin. En étudiant le mélange des crus, des années, elle peaufine son breuvage et lorsqu’elle engage Antoine Müller, c’est pour encore améliorer la qualité de son vin. En imaginant la première table de remuage, elle ignorait que c’était une véritable révolution qu’elle offrait aux champenois. Une nuit, cherchant à éliminer les dépôts jaunissant le futur champagne, elle se souvient des tables de monastère. Celles-ci avaient la particularité d’être creusées à même le bois pour éviter d’utiliser des assiettes et des trous ponctuaient les places pour y fixer les verres. En faisant découper de petits ronds dans sa table de cuisine et en y positionnant les bouteilles, elle se rendit compte que le dépôt redescendait dans le goulot et s’y maintenait. La technique sera finalisée par Müller qui pense à incliner l’entrée des goulots à 45 ° dans les « pupitres » de remuage. Il ne restait plus qu’à « dégorger », soit enlever le dépôt figé, ce qui fut mis au point dès 1818 ! Jalousement gardée, cette dernière invention de Madame Clicquot ne fut découverte qu’avec plusieurs années de retard par son principal concurrent, Moët.

A travers Reims, on ne parle plus que de ça. Fini les rumeurs sur la Veuve que l’on ne respectait que du bout des lèvres, eu égard à sa famille et sa belle-famille, terminé les comportements sexistes de ses collègues chefs d’entreprise ! Reims est définitivement conquis. La réputation de la ville s’en voit renforcée et c’est toute l’économie de la cité, puis de la région qui s’en ressent. La veuve de François Clicquot a enfin conquis ses pairs.

Dès 1820, 175 000 bouteilles sont exportées. Et autant seront copiées. La contrefaçon règne en maître, particulièrement en Russie où son champagne est unanimement apprécié. Nicole créera alors la première véritable communication d’entreprise. Un logo sera créé, reprenant l’ancre de la famille Clicquot, les étiquettes seront une nouvelle fois redessinées et une grande campagne de presse sera lancée pour présenter le nouveau « packaging » de la marque et inciter les consommateurs à la plus grande vigilance.

Dans les années 20, après le décès de son père et de Bohne, elle engage un jeune allemand, Eide (Edouard) Werlé. Maître de chais, il voyage aussi à travers l’Europe et les Etats-Unis pour faire connaitre la marque. Pendant ce temps, en France, la contrefaçon s’est aussi organisée. Nicole exigera l’ouverture du procès d’un marchand de vin de Metz, convaincu de la vente illégale d’imitations. Ce sera le premier de l’histoire de la justice. Et Barbe-Nicole le gagnera ! Souvent critiquée, jalousée, Nicole a souhaité une vie plus facile pour sa fille. Clémentine ne reprendra jamais la succession de sa mère. Après le départ de Müller, son beau-fils prétendra reprendre les affaires. Mais considéré comme un vaurien et un joueur, Nicole cédera son entreprise à un autre de ses collaborateurs fidèles, le jeune Edouard Werlé.

A 64 ans, Nicole se retire des affaires, tout en gardant un œil sur la société, en accord avec Edouard.

Le 29 juillet 1866, celle que l’on nomme désormais « La Grande Dame de la Champagne » s’éteint tranquillement. Depuis, la maison n’a plus jamais été dirigée par une femme.

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